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La grande évasion

Ainsi donc, les noms de 1.217 Belges apparaissent dans les Pandora Papers, ce nouveau scandale révélé par un consortium de journalistes d'investigations qui a mis au jour près de 12 millions (!) de documents entre 1996 et 2020 concernant 29.000 bénéficiaires de sociétés écrans. Un scandale d'évasion fiscale vers des paradis offshore dans lequel sont cités des chefs d'Etat (le Roi de Jordanie, le président kényan) et de gouvernement (le Premier Ministre tchèque, l'ex-Premier britannique Tony Blair), des célébrités des médias et du show-business (Shakira, Elton John,...), des hommes d'affaires, des banquiers, et même des messieurs/mesdames (presque) tout le monde. 

Chez nous, on parle pêle-mêle d'héritiers de l'empire Solvay ; de dirigeants ou ex-dirigeants de la Générale de Banque, KBC et Dexia, et des assurances Ageas ; de l'ancien patron de la radio-télévision publique flamande VRT ; etc.. Mais aussi de citoyens quasi lambda : "Le pharmacien à la retraite dont l'épouse vend des lunettes, le dealer de hasch au casier déjà bien fourni, un couple possédant plusieurs salons de coiffure à la Côte ou encore un huissier de justice déjà condamné pour escroquerie." 


Que des personnes, en Belgique ou ailleurs, pratiquent l'évasion fiscale à plus ou moins grande échelle, c'est une évidence, connue depuis longtemps, même si on n'en soupçonnait peut-être pas l'ampleur. Passé ce constat, et le fait que la tricherie de quelques-uns retombe sur le portefeuille de tous les autres, se pose la question : et maintenant, quelles suites va-t-on donner à ces révélations ? "Le fisc belge suit la situation et prendra des mesures face à ces actes de fraude" assure le ministre des finances Vincent Van Peteghem. Encore heureux ! Mais encore faudrait-il, aussi, en avoir les moyens. Et là, ce n'est plus la grande évasion mais, a priori, la grande désillusion. "Souvent, on ne peut pas traiter ce type d'informations parce qu'on manque cruellement de moyens policiers : on a perdu la moitié de ceux qui s'occupaient de ce genre de dossiers." avance Michel Claise, juge d'instruction bruxellois spécialisé dans les matières financières.

Et le juge Claise d'ajouter : "Ce sera encore un coup d'épée dans l'eau. Porter à la connaissance du public l'existence de sociétés offshore, c'est comme donner un coffre-fort sans clef. Dans le cas de ces 1.200 Belges, il faudrait déjà que quelqu'un s'en occupe. La Vivaldi a supprimé le poste de secrétaire d'Etat à la lutte contre la fraude fiscale et sociale. J'entends que le gouvernement veut renforcer les pouvoirs du SPF Finances, or celui-ci a été désossé et ses pouvoirs ne correspondent pas aux besoins ! Comment est-il possible de se tromper à ce point ?" Et notre expert de conclure : "Comme pour le climat, nous sommes ici face à un dérèglement général. Il s'agit d'une prise de contrôle de notre société par des organisations criminelles."

Une analyse partagée par d'autres spécialistes. Bref, il est à craindre que, comme souvent, à part peut-être quelques lampistes, les principaux responsables passent au travers des mailles du filet suite à l'imprévoyance - on serait presque tenté de dire : avec la bénédiction - de pouvoirs politiques totalement déphasés. Pendant ce temps, le Belge moyen, qui paie ses impôts et peine à boucler ses fins de mois, voit sa facture énergétique exploser dans une indifférence quasi générale de "dirigeants" qui proposent en ordre dispersé des mesurettes. Comme pour les Pandora Papers : des tapettes à mouches là où il faudrait des bazookas. Consternant. 

Catégorie : Le fil d’actualité