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Au train où vont les choses…

Quelques jours avant le début du conclave budgétaire, et alors que les manifestations face au réchauffement climatique reprenaient de plus belle, Paul Magnette est sorti du bois. Plutôt de l’omnibus. Le président du PS s’est prononcé pour la gratuité des transports en commun. De tous les transports en commun. L’idée de base est simple voire simpliste : pour que la Belgique réduise son empreinte carbone tandis que se profile la conférence sur le climat COP26 à Glasgow mi-novembre, incitons nos compatriotes à délaisser la voiture au profit des trains, trams, bus et autres métros. Comment ? En rendant ceux-ci gratuits.
Coût pour les pouvoirs publics ? 700 millions rien que pour la SNCB. « Portons la taxe sur les comptes-titres de 0,15 % à 0,5 % et on a largement les moyens » assène Magnette. Tant pis pour le petit épargnant qui a investi dans quelques actions et obligations plutôt que de laisser son léger bas de laine s’effiler sur un compte-épargne rapportant peanuts : comme les boursicoteurs professionnels, il crachera au bassinet.



La proposition a été froidement accueillie par tous les partis démocratiques, de la majorité comme de l’opposition… sauf le PTB et pour cause : il avait émis la même. Mais le boss du PS se défend de l’avoir reprise à son compte (titre, bien sûr). Ailleurs, c’est le tollé ! Tant à droite qu’à gauche, ça bombarde sur cette nouvelle dépense, non prévue dans les accords de la Vivaldi, et sur la manière de la financer par le biais – appelons un chat un chat – d’une hausse d’impôts. Sans quoi c’est intenable : la ville d’Hasselt avait tenté l’expérience, elle a dû y mettre fin en 2013 vu l’état de ses finances. Surtout, l’utilité de la mesure interroge. L’association d’usagers des transports en commun Navetteurs.be elle-même souligne que c’est prendre le problème à l’envers : circuler gratuitement pourquoi pas, mais d’abord circuler tout court, dans de bonnes conditions.
Car c’est là que le bât blesse. Ne plus faire payer les transports publics augmentera peut-être un peu leur fréquentation ; encore faudra-t-il pouvoir absorber ce surplus, et pour cela il est impératif d’offrir un service de qualité, une meilleure couverture du réseau surtout en zones rurales, des bus ou trains qui arrivent et partent à l’heure, sans même parler de la vétusté de certains véhicules dont les banquettes ont largement dépassé l’âge de la pension et dont les essieux réclament l’euthanasie.  « La demande est plus sensible à une baisse de la durée du trajet qu’à celle du coût. Gratuit mais toujours aussi long et encombré n’a pas de sens ! La gratuité est efficace si des investissements sont faits en parallèle et que l’offre est boostée. Or le gouvernement fédéral vient d’imposer de nouvelles économies aux chemins de fer ! » résume le président du CDH, Maxime Prévot.
Avec autant de pertinence, son homologue de DéFi François De Smet juge, à propos du rail, « compliqué d’expliquer au citoyen qu’on a d’une part de l’argent à investir dans des gares pharaoniques comme à Mons, qu’on aura de l’argent pour se passer de billetterie mais pas pour investir dans les trains eux-mêmes, leur confort, etc. » Sans oublier que la gratuité va accentuer de facto la tendance en cours, envoyant au chômage guichetiers et contrôleurs.
Nos voisins grand-ducaux ont rendu leurs transports en commun gratuits (pas la 1ère classe) en mars 2020 : on manque encore de recul pour jauger l’efficacité. Diverses agglomérations françaises s’y essaient. Tallinn, en Estonie, est la plus grande ville du monde et la seule capitale à notre connaissance à ne plus faire payer l’utilisation de ses bus depuis 2018. Avec un résultat plutôt faible quant au transfert modal, soit le fait d’abandonner la voiture, en dépit de réels investissements sur le réseau.
Petite suggestion, Paul : tu délaisses ta berline avec chauffeur le temps d’arpenter quelques quais, tu grimpes dans ce qui se présente, on voit où/quand/comment tu en ressors et on en reparle ? 


Catégorie : Le fil d’actualité