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"Le respect pour les créateurs est le baromètre des libertés"

Cette citation en titre, nous nous sommes permis de l'emprunter au fameux biologiste et généticien Albert Jacquard. S'il faisait sans doute en premier lieu référence au domaine scientifique, la formule est valable pour n'importe quelle création, en l'occurrence culturelle. Et pour ce secteur systématiquement sacrifié sur l'autel d'une politique de santé désespérément aléatoire, voir figurer les mots "respect" et "baromètre" dans la même phrase tient toujours du paradoxe. 
Ce matin, en visioconférence, le rigide ministre fédéral de la santé, Frank Vandenbroucke, a présenté à une quarantaine d'acteurs du monde culturel mais aussi sportif un projet de baromètre adapté aux activités qui accueillent du public. Enfin, adapté, seul peut-être le socialiste flamand lui-même le croit-il, ou feint-il de le croire. En tout cas, ses interlocuteurs, déjà, ne cachent pas leur scepticisme. Ils ont demandé à pouvoir travailler sur cette première mouture avec le Premier Ministre et surtout avec les différents ministres en charge de la culture. Une évidence ? On ne vous le fait pas dire. 
Ce baromètre, c'est un peu le monstre du Loch Ness depuis l'apparition du Covid et ses répercussions sur notre vie en société. Avant de prendre des mesures souvent incomprises car incompréhensibles par le citoyen, il paraît logique d'en évaluer la portée sur bases de données objectives et pas en tendant son doigt en l'air pour sentir d'où vient le vent. Déjà que le politique est perpétuellement tiraillé entre les rapports des experts de la santé d'un côté et les intérêts économiques de l'autre... Pourtant, après moult atermoiements et la retentissante claque infligée par le Conseil d’État suite à la dernière fermeture (claque à l’issue de à laquelle le Comité de concertation a dû opérer une volte-face qui n’a été que partielle), c'est seulement maintenant que cet outil arrive sur la table.

Un projet de baromètre qui ne convainc pas le secteur de la culture

Pour l'ensemble des secteurs comme on le croyait ? Non, uniquement pour la culture, l'événementiel et le sport. L'objectif est de le faire atterrir pour le Codeco de mi-janvier. Après quasi deux ans d'épidémie, mieux vaut ne pas être pressé ! Globalement, il s'agirait – qui ? – de fixer des seuils d'ouverture au public en fonction de différents facteurs, liés à la situation épidémiologique, à l'occupation dans les hôpitaux ou encore aux caractéristiques des lieux culturels. Ce dernier point mérite d’être souligné. Actuellement, prenez une salle de spectacle : la jauge maximale est de 200 spectateurs. Qu’elle ait une capacité de 300, 3.000 ou 13.000 places, c’est 200 personnes partout. D’un point de vue sanitaire, c’est une aberration. Et d’un point de vue économique, c’est intenable.
Ce projet de baromètre doit être présenté en conseil des ministres restreint ce mercredi avant d’être débattu lors du Codeco, jeudi. Et le sieur Vandenbroucke affirme – enfin ! – envisager des jauges proportionnelles à la taille du lieu et au cubage du renouvellement d’air par spectateur. Malgré tout, les mesures sont jugées, en l’état, beaucoup trop contraignantes. Plusieurs participants à la réunion virtuelle de ce matin font part de leur désappointement face à ce plan, qui « ajoute des restrictions aux restrictions », « ne permet pas une véritable relance de la culture » et continue à stigmatiser ce secteur comme étant source de danger sanitaire, ce que contredisent de nombreuses études. « S’il voit le jour, cela débouchera sur une situation pire encore que celle qu’on connaît pour l’instant. » dit Isabelle Jans, de la fédération des arts forains, du cirque et de la rue. Avant d’ajouter : « L’utilité sociale de la culture n’est toujours pas prise en compte, et le fait qu’on soit un secteur facile à circonscrire joue en notre défaveur. On coûte moins cher à fermer que l’Horeca et ça pose moins de problèmes sociétaux que fermer les écoles. »
« La culture est ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers » disait André Malraux. Manifestement, au sommet de l’État, on n’en est pourtant même pas encore au big bang. 

Catégorie : Le fil d’actualité